Une mobilisation locale qui porte ses fruits
Il y a dix ans, dans la plaine de Perwez, les aménagements favorables à la biodiversité étaient rares et un seul agriculteur était engagé dans le programme agroenvironnemental. Aujourd’hui, la situation a profondément changé. Grâce à une mobilisation de terrain patiente et à une collaboration étroite entre agriculteurs, chercheurs, conseillers de terrain et pouvoirs locaux, la plaine est devenue un exemple inspirant de reconquête de la biodiversité en milieu agricole.
Un défi de taille
Comme de nombreuses plaines agricoles en Wallonie, la plaine de Perwez est caractérisée par de grandes parcelles de cultures conventionnelles. Il est essentiel de conserver ces paysages ouverts pour de nombreuses espèces emblématiques des plaines agricoles, comme l’alouette des champs, la caille des blés, la bergeronnette printanière ou encore le bruant proyer.
Au fil des décennies, l’intensification des pratiques agricoles et la diminution du nombre d’agriculteurs ont cependant entraîné une diminution des ressources alimentaires, une raréfaction des sites de nidification et une simplification progressive du paysage. Face à ce constat, plusieurs partenaires ont décidé d’agir ensemble pour renforcer les aménagements favorables à la faune.
Une approche fondée sur le dialogue
Le projet repose sur un constat simple : les changements durables se construisent avec les agriculteurs. Dès le départ, un important travail d’animation territoriale a été mis en place. Rencontres individuelles, visites de terrain, échanges techniques et accompagnement personnalisé ont permis de créer progressivement un climat de confiance avec les agriculteurs. Cette présence régulière sur le terrain s’est révélée déterminante pour encourager les agriculteurs à s’engager dans des actions favorables à la biodiversité. Au fil des années, les agriculteurs se sont approprié le projet et ont contribué activement à son développement.
Des résultats concrets sur le terrain
Les chiffres témoignent de l’ampleur du chemin parcouru. En 2016, un seul agriculteur était engagé en mesures agroenvironnementales et climatiques qui ne couvraient que 0,6 % des terres de la plaine. En 2026, 14 agriculteurs sont engagés et le réseau de parcelles aménagées (MC7 faune, butineurs, érosion) représente désormais 3,7 %, soit 27,23 hectares. En tenant compte d’autres dispositifs favorables à la biodiversité, cette proportion atteint même 4,7 % de la surface totale de la plaine. Au-delà des chiffres, le paysage lui-même a évolué. Des parcelles aménagées favorables à la petite faune et des buissons ont été implantés. Ce maillage écologique, presque inexistant au début du projet, constitue aujourd’hui un réseau cohérent à l’échelle de la plaine.

Parcelle aménagée fleurie au coeur de la plaine de Perwez
La biodiversité répond présente
Les résultats observés sur la faune sont très encourageants. L’amélioration de la disponibilité en nourriture et des possibilités de nidification a permis à plusieurs espèces de bénéficier d’un environnement plus favorable. Les suivis réalisés sur le territoire montrent une augmentation rapide des populations d’oiseaux des plaines entre 2016 et 2020, suivie d’une stabilisation à des niveaux plus élevés malgré des variations naturelles observées d’une année à l’autre.
Ces observations confirment ce que montrent de nombreuses études scientifiques : lorsque les aménagements atteignent une densité suffisante à l’échelle du paysage (entre 5 et 10 %), les effets sur la biodiversité deviennent visibles et mesurables.

Parcelle aménagée destinée à fournir gîte et couvert aux oiseaux de la plaine
Une source d’inspiration pour d’autres territoires
L’expérience menée à Perwez démontre qu’il est possible de concilier activité agricole et préservation de la biodiversité. Elle montre également que l’animation territoriale constitue un levier essentiel pour faire émerger des dynamiques collectives et obtenir des résultats durables.
Derrière les chiffres se trouvent surtout des agriculteurs qui ont accepté d’expérimenter, de collaborer et de construire ensemble une vision commune de leur territoire. Leur engagement a permis de transformer progressivement le paysage et d’offrir le gîte et le couvert à la faune des plaines.
L’espèce phare de la plaine, le bruant proyer
Autrefois commun dans les campagnes wallonnes, le bruant proyer a vu ses populations chuter avec l’intensification des pratiques agricoles. Espèce dite « parapluie », sa préservation profite à de nombreuses autres espèces et à l’ensemble des habitats qui lui sont associés. Dans la plaine de Perwez, les efforts menés avec les agriculteurs ont porté leurs fruits : la population est passée de 9 individus en 2016 à 23, quatre ans plus tard.
Pour en savoir plus, découvrez:
- le reportage complet de la visite de la plaine.
- le témoignage de Thierri Walot, co-initiateur du projet et des agriculteurs engagés dans la dynamique.



















