Ostertagia ostertagi, le parasite le plus pathogène chez les bovins

 

On sait que le parasitisme digestif des bovins peut engendrer des pertes de productions voire causer des mortalités, surtout chez les jeunes animaux qui n’ont pas encore eu le temps de développer une immunité suffisante, ou chez les animaux malades ou vieux. On sait aussi qu’il faut en général être vigilant à la fin de la saison de pâturage (rentrée en étable) et que certains traitements antiparasitaires se font en hiver, comme ceux contre les douves.

On sait peut-être moins qu’il faut être attentif à certains parasites dès la fin de l’hiver ou au début du printemps, et qu’il convient de surveiller régulièrement tout au long de la saison de pâturage. En effet, certains parasites gastro-intestinaux peuvent, dès la fin de l’hiver, faire des dégâts. C’est le cas d’Ostertagia ostertagi, le ver de la caillette, le parasite le plus pathogène des bovins.

Cycle des strongles digestifs

Ostertagia fait partie de la famille des strongles digestifs, et comme la plupart des parasites de la famille des strongles, les parasites adultes se reproduisent dans le tractus digestif (dans ce cas-ci dans la caillette). La femelle y pond ses œufs qui se retrouvent ensuite dans les matières fécales. Une fois sur le sol, les œufs continuent leur développement et se transforment en larves. Il y a plusieurs mues, et c’est la larve L3 qui est infestante : elle se met sur un brin d’herbe, fort près du sol, et « attend » d’être ingérée. Le risque d’ingestion est plus grand lorsque l’herbe est rase. Après ingestion, elle continue son développement en larve L4 en passant dans la muqueuse de la caillette, pour se retrouver ensuite dans la caillette en tant que ver rond à l’état adulte ; les parasites femelles s’accouplent avec les mâles et le cycle peut recommencer.

Les œufs de parasites sont excrétés tout au long de la saison de pâturage. La phase à l’intérieur de l’animal, soit la période entre le moment où l’animal ingère les larves infestantes et le moment où les larves femelles devenues adultes excrètent les œufs, dure 2 à 3 semaines. La phase de développement du parasite qui se passe en dehors de l’animal-hôte (le bovin dans ce cas-ci) est fort dépendante des conditions climatiques : une température de 20 à 25°C et un temps humide accélère le cycle, une température plus froide ou plus chaude et un temps sec le ralentissent. La surveillance de son troupeau passe donc aussi par le fait de tenir compte des conditions climatiques…

Lésions et pathologies provoquées par les parasites

Le passage des larves par la muqueuse de la caillette va provoquer des lésions dans cette dernière, qui, à leur tour, peuvent avoir un effet délétère sur la santé de l’animal : diarrhée, amaigrissement, poil piqué, retard de croissance… C’est l’ostertagiose de type 1. On la rencontre principalement chez les animaux en première saison de pâture, de juillet à octobre.

En fin de saison de pâture, lorsque la température diminue et que les jours raccourcissent, les larves qui étaient en développement dans la muqueuse de la caillette vont arrêter leur développement au stade L4, et rester enkystées dans la paroi de la caillette. C’est ce qu’on appelle l’hypobiose. Au printemps, parfois même avant que les animaux ne soient en prairie, souvent à l’occasion d’un stress (mise-bas, maladie concomitante, baisse d’immunité,…), toutes ces larves enkystées peuvent reprendre leur développement en même temps et se libérer de la muqueuse de la caillette. Si elles sont nombreuses, elles provoquent ce qu’on appelle l’ostertagiose de type 2 : diarrhée brutale et profuse, abattement, œdèmes, anémie, perte de poids rapide,…

Dépistage des parasites

Il existe plusieurs façons de détecter Ostertagia ostertagi :

1. Comptage des œufs fécaux (coprologie) : un prélèvement d’un échantillon de matières fécales (par individu ou de mélange pour un groupe) remis au vétérinaire qui l’analysera ou l’enverra au laboratoire de son choix permet de déterminer la quantité d’œufs de parasites par gramme de matières fécales. Malheureusement, par cette méthode, il n’est actuellement pas possible de distinguer Ostertagia ostertagi d’autres parasites gastro-intestinaux moins pathogènes pour les bovins. En outre, pour être détectés, il faut que les femelles de parasites soient en période de ponte. Or, elles ne pondent qu’à certaines périodes de l’année. La coprologie ne détectera pas les larves qui sont en hypobiose et peut donc conduire à de faux négatifs, avec pour conséquence la sous-estimation de la population parasitaire totale et du nombre de bovins réellement infestés.

2. Dosage du pepsinogène (prise de sang) : comme ce parasite cause des dommages importants à la muqueuse de la caillette chez les jeunes animaux, il permet le passage dans le sang du pepsinogène, une substance sécrétée par les glandes de la muqueuse gastrique. Le dosage du pepsinogène dans le sang permet donc d’avoir une bonne estimation du contact avec le parasite, même si le taux de pepsinogène se retrouve aussi augmenté en cas d’autres pathologies impliquant la caillette, telles qu’une torsion de caillette, un ulcère, etc. Ce test n’est un bon indicateur que chez les animaux de fin de première et deuxième saison de pâture (individus de moins de deux ans). Chez les animaux adultes et immunisés, la majorité des parasites sont soit au stade hypobiotique, soit au stade adulte, et ne causent pas ou peu de dommages à la muqueuse.

3. Test ELISA sur échantillon de lait (de tank ou individuel) : ce test mesure le taux d’anticorps circulants contre Ostertagia ostertagi. Les résultats sont exprimés en Ratio de Densité Optique (RDO) et donnent une indication de l’immunité développée contre le parasite : un RDO élevé signifie une infestation parasitaire récente.

Lutte intégrée contre les parasites

Il est important de permettre aux bovins de développer une immunité contre ce type de parasite. L’immunité va faire en sorte que le parasite a de moins en moins d’impact sur l’organisme. Pour que cette immunité puisse s’établir, il faut que l’animal-hôte ait un contact faible mais constant avec le parasite. S’il y a trop peu ou pas de contact (comme en cas de vermifugation de tout le groupe d’animaux ou lorsqu’on ne met pas les jeunes animaux en pâture), l’immunité ne se fait pas ou pas bien. S’il y a trop de parasites, l’animal peut devenir malade ou souffrir de retard de croissance. Il s’agit donc de trouver le bon équilibre. La gestion de l’alimentation, des prairies, des autres maladies qui peuvent survenir,… sont des aides précieuses pour gérer le parasitisme de façon raisonnée.

On estime que, pour un jeune animal, il faut deux saisons de pâturage pour établir un contact suffisant pour une bonne immunité contre Ostertagia. C’est ce que l’on appelle le « temps de contact effectif ». Une fois installée, cette immunité n’est pas forcément éternelle, car elle peut disparaître en cas de maladie (BVD, paratuberculose,…) ou d’absence de contact prolongée avec les parasites (traitements antiparasitaires injustifiés).

Comme les larves de ces parasites peuvent passer l’hiver (« larves transhivernantes ») lorsque celui-ci a été doux et humide et que les animaux ont été rentrés tard, les veaux qui se retrouvent en prairie au printemps et qui n’ont pas encore eu le temps de développer une immunité suffisante se retrouvent en contact avec ces parasites, parfois de façon importante. Si on n’y prend garde, ils vont véritablement recycler et augmenter le nombre de parasites sur la prairie, pour atteindre un pic d’infestation en août-septembre, période où l’herbe est souvent moins abondante. Pour pallier cela, on peut agir sur différents facteurs : veiller à ce que les veaux aient un contact graduel avec les parasites, à ce qu’ils aient des compléments alimentaires (vitamines et oligo-éléments) et, pour ceux qui sont sevrés, une ration complémentaire équilibrée. On peut aussi mettre les jeunes animaux au pré plus tard que les adultes, qui auront alors déjà « nettoyé » une partie des prairies, et les rentrer à l’étable plus tôt que les adultes à l’automne. Le fait de favoriser le pâturage mixte (avec ou juste après d’autres espèces animales telles que chevaux, ovins, caprins) permet aussi de diminuer la charge parasitaire d’une prairie. Les rotations de prairies en fonction de la hauteur de l’herbe et du cycle des parasites, et si possible en alternance avec des fauches, est une autre façon de diminuer le parasitisme au pré. On essaiera dans tous les cas d’éviter de faire pâturer une herbe trop rase, car les larves infestantes se retrouvent dans les premiers centimètres près du sol.

On évitera également de traiter les animaux avec des antiparasitaires de façon préventive, de façon à ne pas favoriser les résistances des parasites contre les molécules utilisées lors de traitements non nécessaires, à ne pas priver les animaux du contact avec les parasites pour développer leur immunité, et aussi pour diminuer la charge économique de tels traitements. Pour les animaux qui sont en pâture, outre le fait qu’ils peuvent accélérer l’apparition de résistance parasitaire, les traitements avec la plupart des substances antiparasitaires couramment utilisées ont un impact négatif sur l’environnement. En effet, les résidus de ces molécules se retrouvent dans les matières fécales, ce qui a un effet délétère sur la « coprofaune » (les insectes et vers de terre qui dégradent les bouses). La conséquence est que les bouses sont moins bien dégradées et que les prédateurs de cette coprofaune sont privés d’une partie parfois importante de leur alimentation. Or ces prédateurs jouent un rôle essentiel dans la nature : chauves-souris qui jouent le rôle d’insecticide naturel, certains oiseaux (comme la pie-grièche écorcheur) ou petits mammifères (comme le hérisson) en voie de disparition…

En conclusion, il existe actuellement suffisamment de données et de méthodes pour la mise en œuvre d’une gestion raisonnée du parasitisme chez les bovins. Pour en savoir plus sur cette gestion raisonnée du parasitisme, consultez la brochure de Natagriwal ici.

Adapté de :

ROY Christelle, GCDS, L’Ostertagiose bovine, 2015, accessible via ce lien.

DAGORN Toma, Le paysan breton, Huit mois au contact d’Ostertagia pour s’immuniser, février 2018, accessible via ce lien.

DESCOTEAUX Luc et al., Test ELISA pour la détection d’Ostertagia ostertagi chez la vache laitière, janvier 2007, accessible via ce lien.

Ariane Meersschaert, vétérinaire Natagriwal

Dans la prochaine newsletter : Gestion raisonnée du parasitisme chez les chevaux

Date: 17-06-2019