Parlons parasitisme, en hiver aussi ...

 


© Serge Belleflamme
Les petits ruminants, tels que les moutons et les chèvres, sont très sensibles aux dégâts provoqués par les parasites gastro-intestinaux. Haemonchus contortus, le parasite gastro-intestinal le plus pathogène chez les petits ruminants, est présent partout dans le monde et est un véritable défi, particulièrement dans les régions où il fait chaud et humide.

 

Les animaux les plus sensibles sont les jeunes et les brebis ou chèvres en lactation. L’haemonchose provoque des pertes de production, de la morbidité et de la mortalité, des coûts liés aux traitements (médicaments et surcharge de travail). Haemonchus, comme tous les autres parasites, ne peut pas être éradiqué; il faut apprendre à vivre avec lui. Et pour apprendre à vivre avec lui, il faut le connaître ... Le connaître, c’est comprendre les bases de son cycle et aussi surveiller sa présence au sein du troupeau. Des stratégies antiparasitaires propres à chaque exploitation pourront alors être développées avec le/la vétérinaire de l’exploitation.

Qu’est-ce qu’Haemonchus contortus ?

Haemonchus contortus, aussi connu sous le nom de "ver mirliton", est un parasite gastro-intestinal qui utilise les moutons et les chèvres comme hôte. Les derniers stades larvaires et les vers adultes vivent dans la caillette et se nourrissent de sang ponctionné dans les petits vaisseaux sanguins de la paroi de l’estomac. Tous les vers ensemble peuvent consommer jusqu’à 1/10e du volume sanguin de l’animal en 24h. Ceci peut provoquer l’haemonchose, une maladie caractérisée par une anémie sévère, due à la perte de sang. Il est à noter que ce parasite ne provoque pas de diarrhée.

Signes d’haemonchose

Les signes d’haemonchose incluent : anémie, déshydratation, "signe de la bouteille" (œdème sous-maxillaire ou œdème de l’auge, parfois appelé à tort "goître"), anorexie, perte de poids et forte diminution de la croissance. L’anémie provoque une décoloration de la conjonctive autour de l’œil, qui devient rose pâle, voire blanche. Sans traitement, l’haemonchose peut rapidement évoluer vers la mort de l’animal.
 


© ULiege

Cycle et infectivité

Le cycle de Haemonchus contortus prend 17 à 21 jours, mais la phase en dehors de l’animal peut être raccourcie si les conditions climatiques sont favorables. Le cycle commence lorsque les larves infestantes sont ingérées quand les moutons ou chèvres pâturent. Une fois ingérées, les larves voyagent jusqu’à la caillette de l’animal, où elles continuent à se développer. Elles finissent par devenir adultes, les mâles et les femelles s’accouplent, et les femelles produisent des milliers d’œufs (5 à 10.000 par jour), qui seront excrétés par l’animal via les matières fécales sur la pâture. Les œufs éclosent en larves lorsque les conditions climatiques sont bonnes (par exemple, chaud et humide) et se développent dans les matières fécales en larves infestantes en 5 jours. Ces larves infestantes se déplacent sur la prairie, de façon à se faire ingérer par les moutons et chèvres qui broutent. Elles recherchent l’humidité et fuient une trop forte lumière.

Les plus grandes sources de contamination des prairies sont :

  • - les agneaux et chevreaux qui, après avoir été infestés, secrètent des œufs (fin juillet/août)
  • - les brebis et chèvres en fin de gestation et en lactation (printemps), parce que les parasites sont plus prolifiques à ces stades physiologiques de l’animal hôte. Les animaux âgés, souffrant de carences alimentaires ou de mauvaises conditions d’élevage peuvent également être très sensibles.

Les larves de ce parasite peuvent survivre à l’état inactif que l’on appelle "hypobiose", et ainsi passer l’hiver à l’intérieur de l’animal. A l’état hypobiotique, le parasite ne pond pas d’œufs et n’est pas dommageable pour son hôte. Mais lorsque les conditions climatiques sont bonnes, et parfois même avant que l’animal ne soit en pâture, les vers reprennent leur activité ("levée d’hypobiose") et leurs repas sanguins. Les brebis ou chèvres peuvent alors développer des infestations sévères, d’autant plus qu’elles sont souvent en fin de gestation ou début de lactation, ce qui affaiblit leur système immunitaire. Les brebis ou chèvres vont aussi contaminer les prairies, ce qui parasitera les agneaux ou chevreaux.

Méthodes de contrôle

Afin de contrôler les infestations, il convient d’empêcher un contact trop important avec les parasites chez les animaux sensibles, de diminuer la contamination des pâtures, de diminuer l’effet des parasites sur les animaux et de permettre le développement d’immunité des animaux vis-à-vis de ces parasites. Une connaissance des facteurs qui augmentent le risque parasitaire, tels que des conditions climatiques chaudes et humides, le pâturage d’une herbe rase, et des facteurs qui diminuent le risque parasitaire, est essentielle.

Lutte intégrée

La gestion doit essayer d’interrompre le cycle du parasite, que ce soit par des vermifuges, par la gestion des animaux ou par la gestion des prairies. La combinaison de toutes ces méthodes va permettre d’avoir des pâtures avec un risque parasitaire moindre, ce qui aboutit à un avantage économique pour l’éleveur par réduction de la main d’œuvre, de la contamination des prairies et de la résistance aux antiparasitaires.

Antiparasitaires

La lutte chimique contre les parasites implique de choisir les antiparasitaires appropriés, de les utiliser de façon ciblée, et de tester pour une éventuelle résistance aux molécules utilisées. Les antiparasitaires sont souvent utilisés pour combattre le parasitisme (parfois même de façon préventive) parce que cela semble être la méthode la plus simple et la plus efficace. Pourtant, la résistance aux antiparasitaires est devenue un problème sérieux. Cette résistance apparaît en cas de sous-dosage, en cas d’utilisation fréquente de la même molécule, ou en cas de mauvaise administration de l’antiparasitaire. L’utilisation de l’antiparasitaire de façon ciblée implique de ne vermifuger que les animaux qui en ont besoin. Cela permet de créer des "populations-refuges" de vers sensibles à la molécule antiparasitaire et permet de ralentir l’apparition des phénomènes de résistance. Pour savoir quels animaux il faut traiter, il faut des aides à la décision. Une inspection régulière des animaux qui doit permettre de déceler une anémie (couleur pâle de la conjonctive de l’œil) et les comptages d’œufs dans les matières fécales (coproscopie) à des moments précis donnent des renseignements utiles.

Alternatives

En réponse aux résistances aux antiparasitaires, plusieurs études internationales examinent la possibilité de gérer le parasitisme de manière alternative. Une de ces alternatives est l’utilisation d’antiparasitaires "naturels", mais leur efficacité n’est à ce jour pas scientifiquement prouvée. Des méthodes de gestion alternatives incluent une gestion des mises-bas jusqu’au sevrage, une gestion de l’alimentation des animaux, une gestion des pâturages et une sélection génétique. Les animaux peuvent par exemple être maintenus à l’intérieur en fin de gestation et début de lactation, ce qui diminuera le pic d’excrétion des œufs d’Haemonchus habituellement observé à cette période. Un apport nutritionnel adéquat, qui a pour but d’améliorer la santé gastro-intestinale de l’animal, augmentera la résilience de l’animal, c’est-à-dire les chances de l’animal de pouvoir produire malgré l’infestation parasitaire.

Pour ce qui concerne la gestion des pâturages, une herbe longue sera toujours mieux qu’une herbe courte, puisque les larves infestantes se trouvent dans les 5 premiers centimètres. La surcharge d’animaux et le surpâturage augmentent le risque parasitaire puisqu’ils obligent les animaux à brouter plus près du sol. D’autres options incluent l’affourragement avec d’autres aliments que du ray-grass (plantes à tannins condensés tels que sainfoin ou lotier corniculé, chicorée, haies arbustives,…), les rotations de prairies et le pâturage avec d’autres espèces. Le pâturage des petits ruminants avec des bovins a ainsi démontré que la charge parasitaire de la prairie diminuait pour les bovins et plus encore pour les petits ruminants.

Et pour ce qui est de la sélection génétique, la recherche a établi qu’il est possible de sélectionner des races, ou des individus au sein des races, qui ont une meilleure résilience ou développent une meilleure immunité (comptage d’œufs par coproscopie plus faible) vis-à-vis du parasitisme que leurs congénères. S’il faut réformer des animaux, autant réformer ceux qui sont plus souvent parasités ou plus lents à développer une immunité.

Pour en savoir plus sur la gestion raisonnée du parasitisme, consultez la brochure de Natagriwal.
 

Ariane Meersschaert, vétérinaire Natagriwal
Adapté de : Simpson J., Haemonchus contortus Fact Sheet

 

Dans la prochaine newsletter : Ostertagia ostertagi, le parasite le plus pathogène chez les bovins

 

Date: 28-03-2019